EMMA DARWIN
Emma Darwin et Charles Darwin
En 1839, Darwin épousa sa cousine, Emma Wedgwood,
se fixa avec elle d’abord à Londres et puis à Down,
à une heure de Londres, où il acheta une propriété.
Dans le silence et la verdure,
il menait une vie réglée et tranquille, qui lui laissait le temps de la réflexion, de contempler
la nature, de visiter ses serres
et ses champs d’expériences.
Dans ce cadre de vie paisible, interrompu seulement par
ses problèmes de santé et ses insomnies, il élabora, avec une infinie patience, une des œuvres
les plus considérables qui soit due
à un naturaliste.
Emma et Charles Darwin,
partagent leur vie avec respect mutuel et amour. Emma est une femme croyante, aux convictions religieuses certaines.

« Tel est l’état d’esprit que je souhaite préserver vis-à-vis de vous,
je sais que tant que vous agissez selon votre conscience et vous efforcez sincèrement de découvrir la vérité, vous ne pouvez vous tromper. Pourtant, certaines choses s’imposent à moi et m’empêchent de m’abandonner vraiment au confort de cette certitude. Je suis sûre que vous y avez déjà souvent pensé,
mais j’écrirai ici ce que je pense, sachant que mon très cher me pardonnera. Votre esprit et vos journées sont remplis des sujets les plus intéressants et de pensées les plus exigeantes, dans la droite ligne de vos découvertes - mais ces sujets et ses pensées font qu’il vous devient très difficile de ne pas rejeter d’autres pensées sans relation avec votre recherche ou de pouvoir considérer attentivement les deux côtés de la question. Il y a
une autre raison, qui aurait un grand poids pour une femme,
mais j’ignore si elle en aurait autant pour un homme.(…).
J’espère que la règle de la recherche scientifique, ne rien croire
qui n’ait été prouvé, n’influencera pas trop votre jugement sur
des choses qui n’admettent pas le même genre de preuves
et qui, si elles sont vraies, sont probablement au-delà de notre compréhension.
Je veux dire aussi qu’il y a un danger à abandonner la révélation
qui n’existe pas en science : ne craignez vous pas l’ingratitude qu’il y aurait à rejeter ce qui a été fait pour votre bien et pour celui du monde entier ? Cela devrait vous rendre plus prudent encore, et vous faire craindre de n’avoir pas tout fait pour juger de façon équitable. Je ne sais pas si mes arguments sont trop tranchés, avec le vrai d’un côté et le faux de l’autre - c’est ce que
je voulais éviter - mais je ne pense pas.(…).
Tout ceci n’attend pas de réponse – c’est un plaisir pour moi
de l’écrire, et lorsque j’en parle avec vous je ne parviens pas à exprimer exactement ce que je veux dire, et je sais que vous serez patient avec votre chère femme. Ne pensez pas que cela n’est pas mon affaire et que cela n’a pas une grande importance pour moi. Tout ce qui vous concerne me concerne, et je serais très malheureuse de penser que nous ne nous appartenons pas l’un
à l’autre pour toujours. Je serais désolée que mon cher Nègre puisse penser que j’ai oublié ma promesse de ne pas l’ennuyer, mais je sais qu’il m’aime, et je ne peux lui dire combien il me rend heureuse et combien je l’aime tendrement et le remercie pour toute son affection, qui fait chaque jour davantage le bonheur
de ma vie. »
Lettre d’Emma Darwin à Charles Darwin
Publiée Vol.II de John Murray, 1915


La question de Dieu
Charles Darwin suivant, à ce propos,
le fil de ses pensées et réflexions raconte
dans son autobiographie :
« Durant ces deux années je fus amené à beaucoup réfléchir sur la religion. Quand j’étais à bord du Beagle, j’étais tout à fait orthodoxe, et je me souviens avoir déclenché des grands rires chez plusieurs officiers
(eux-mêmes pourtant orthodoxes), en citant la Bible comme une autorité incontestable du point de vue morale. (…)
Mais j’en étais peu à peu venu ultérieurement à considérer que l’Ancien Testament n’est pas plus digne
de confiance que le livre sacré des Hindous, ou les croyances d’autres barbares (…) Ainsi, l’incrédulité m’envahit-elle très lentement, pour devenir finalement totale. L’évolution fut si lente que je ne ressentis pas d’angoisse, et je n’ai pas depuis douté une seule seconde de la vérité de ma conclusion. »
Charles Darwin / "Autobiographie"
Malgré ces divergences religieuses profondes qui la font parfois se sentir angoissée, Emma, femme aimante, comprend son mari ; elle lui écrit,
très peu de temps après leur mariage,
avec franchise une lettre que Darwin
garda soigneusement toute sa vie :
Musée de la fin du monde
« Ces malheureux sauvages ont la taille rabougrie, le visage hideux, couvert de peinture blanche, la peau sale et graisseuse, les cheveux mêlés, la voix discordante et les gestes violents. Quand on voit ces hommes, c’est à peine si l’on peut croire que ce soient des créatures humaines. On se demande souvent quelles jouissances peut procurer
la vie à quelques-uns des animaux inférieurs; on pourrait se faire la même question, et avec beaucoup plus de raison, relativement à ces sauvages. »
Voyage d’un naturaliste autour du monde / Charles Darwin
Le fossé qui séparait Darwin de cette « misérable race rabougrie » sera comblé par les cadavres des Indiens.
En moins d’un siècle, des hommes , des cultures, des langues millénaires auront été anéantis par l’arrivée des chasseurs de phoques ou de baleines, chercheurs d'or, missionnaires, industriels…
Sur les traces de Darwin, nous remonterons le cours du temps, pour essayer de comprendre cette odyssée des espèces et de notre évolution.
Une traversée qui nous mènera vers la Patagonie, à la recherche de ces peuples Yaman et Selk’nam récemment disparus.
Un travail de « naturaliste» du geste et de la parole :
Une recherche sur l’acteur marionnette,
Une recherche sur l’image
Depuis sa fondation, en 1989, le Teatro del Silencio poursuit ses recherches
d’un théâtre total, un théâtre qui réalise la fusion
des arts du spectacle,
avec
la détermination de créer un langage théâtral accessible à tous, allié
à une réflexion sur notre temps.
La création d’Emma Darwin qui s’inscrira dans la continuité de cette quête
sera l’occasion d’initier de nouvelles recherches :
Sur l’acteur marionnette
Sur l’image et la projection vidéo.

A propos de l’espace scénique
Tour de Babel de notre évolution
Bien qu’imaginé
en configuration fixe
avec une installation du public
en frontale,
l’espace scénique d’Emma Darwin
reflètera
cet univers d’évolution,
de trans-formation, de mutation.
Des tours trans-mutantes
de deux mètres par trois mètres,
se dressent
à cinq mètres de hauteur,
Elles se transforment, évoluent.
Elles sont protagonistes du récit.
Des cordages, des poulies,
des contre poids
pour hisser et déployer les voiles,
pour mettre en mouvement,
suspendre, élever et
manœuvrer les acteurs marionnettes.
Des "cabines", des"cales"
comme des chrysalides,
chambres de métamorphoses,
d’où surgissent,
apparaissent et disparaissent
les comédiens.
Tour de Babel de notre évolution,
serre botanique,
galerie de zoologie humaine,
arbre de vie, terre de feu,
ruelle qui monte au ciel,
observatoire de nos mémoires,
musée de la fin du monde.